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Entretien avec Monsieur Michel Roche, directeur du SFPP (Syndicat Français des Fromages à Pâte Pressée)Erick Pouillé - Univers Fromages :"Le 31 août dernier, Bruno Le Maire, ministre de l'agriculture, annonçait la reprise du groupe Entremont, N°1 européen de l'emmental, par le groupe SODIAAL (Yoplait) au détriment de Lactalis (Besnier). Comment expliquer ce choix?"
Michel Roche : "Tout d'abord, ce rapprochement permet au système coopératif français de se renforcer, ce qui était un souhait du gouvernement. Le nouveau groupe coopératif SODIAAL, par la reprise d'Entremont, devient le cinquième groupe laitier européen avec 5 milliards de litres de lait collectés et 4,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Il permet, désormais, à notre système coopératif de rivaliser avec des structures équivalentes comme Friesland Campina au Pays-Bas, Arla Foods au Danemark ou Nordmilch en Allemagne, ce qui n'était pas le cas auparavant.
De plus, le rapprochement commercial de SODIAAL avec la société Bongrain permet au nouveau groupe de diversifier son offre en fromages tout en maintenant sa production de produits "lourds".
Il faut ensuite admettre que cette reprise est plus acceptable sur un plan politique. En effet, si Lactalis l'avait emporté, sa prédominance sur le marché de l'emmental et son quasi-monopole sur la collecte laitière de certaines régions françaises comme la Bretagne auraient été tels qu'une levée de boucliers de Bruxelles était inévitable. Avec SODIAAL, tout le monde savait que Bruxelles ne bougerait pas."
E.P. : "Entremont a toujours eu des résultats en dents de scie. Ces deux derniers exercices laissaient apparaître un bénéfice de 37 millions d'euros, puis, un an après, une perte presque équivalente sur à peine six mois. Comment expliquer ces résultats?"
M.R. : "C'est le risque d'être mono-produit et, de plus, sur un marché très bataillé comme l'emmental. Mais l'explication de la situation actuelle d'Entremont est plus profonde.
Souvenez-vous, en août 2008, Entremont fut la première société à s'engouffrer dans la baisse du prix du lait suite à la libéralisation des cours, sans tenir compte des recommandations du CNIEL. Elle déclenchait, du coup, une surenchère à la baisse du prix du lait. En fait, Entremont ne pouvait pas faire autrement. Quelques mois auparavant, Lactalis, qui avait Entremont dans son collimateur depuis un moment, a commencé à baisser ses prix de vente d'emmental très fortement. Pour conserver ses parts de marché, Entremont n'a pu faire autrement que de suivre. Lactalis récupérait ces baisses de marge sur d'autres fromages de sa gamme, mais Entremont ne le pouvait pas, étant mono-produit. En conséquence, la seule solution pour maintenir ses marges était de baisser ses charges et, en particulier, sa rémunération du prix du litre de lait aux producteurs."
E.P. : "La crise du lait actuelle est-elle une conséquence de la forte baisse du prix de l'emmental?"
M.R. : "Effectivement, on sous-estime fortement la dévalorisation du prix de l'emmental dans la crise laitière actuelle. Quand la poudre et le beurre étaient au plus bas, l'emmental restait encore un fort débouché de volumes valorisé, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. En conséquence, quand il y a sur-production comme actuellement, on ne sait plus quoi faire du lait."
Erick Pouillé
Retrouvez l'analyse de Michel Roche sur la consommation d'emmental dans la partie "Grand Public" d'Univers Fromages.